27/04/2020
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CMT

Les assureurs face au Covid-19 : entre solidarité et polémique

Depuis l’annonce par le gouvernement le 17 mars dernier, le secteur de l’assurance a dû se mettre au rythme du confinement, à l’instar des autres secteurs de l’activité économique. Les assureurs, ainsi que leurs intermédiaires, se sont alors mobilisés pour assurer la continuité de leurs activités prioritaires : prise en charge des assurés et gestion de leurs sinistres.

Une réorganisation rapide

Dès la première prise de parole du Président de la République, les compagnies ont déclenché leur plan de continuité d’activité (PCA), afin qu’une large majorité de leurs salariés puisse travailler à distance. Le PCA permet aux entreprises de faire face à de nombreuses situations pouvant impliquer l’arrêt de leurs activités : pandémie, catastrophes naturelles, incendie, etc. La majorité des assureurs pratiquant déjà le télétravail et ayant dû s’organiser pour faire face aux grèves de transport de fin d’année dernière, l’activité s’est assez vite réorganisée. La généralisation du télétravail a néanmoins été plus difficile à mettre en place pour une partie des mutuelles, essentiellement pour des raisons logistiques.

La situation a été plus délicate pour les acteurs directement en contact avec le public, notamment les courtiers et les agents généraux. Faisant partie des établissements autorisés à recevoir du public, ils ont, pour la plus grande partie, décidé de suivre les recommandations de leurs organisations syndicales et de la Fédération Française de l’Assurance (FFA) qui préconisaient de ne pas recevoir du public. Ils ont donc dû s’organiser différemment afin de privilégier des mesures alternatives leur permettant d’assurer un service à distance pour leurs clients.

Pression et polémique autour de la contribution à l’effort national

Les assureurs ont surtout dû faire face à la pression des clients, des politiques et des médias quant à la prise en charge des impacts de la crise sanitaire.

Dans ce contexte de grande difficulté, les assureurs ont annoncé des mesures exceptionnelles pour protéger les personnes et les entreprises les plus impactées par le virus Covid-19. Sous l’insistance des pouvoirs publics et de certains secteurs comme l’Hôtellerie Restauration, la FFA a abondé le fond de solidarité des TPE et indépendants à hauteur de 200 puis 400 millions d’euros. De plus, les membres de la Fédération se sont engagés à conserver les garanties des entreprises en difficultés et à différer le paiement des loyers pour les entreprises (TME/PME) appartenant à l’un des secteurs dont l’activité est interrompue et ce pour l’ensemble de la durée du confinement. Ils prennent également en charge les indemnités journalières des personnes fragiles (femmes enceinte en arrêt de travail, affection de longue durée, …) dans la limite de 21 jours et étendent les garanties MRH pour les personnels médicaux mobilisé dans la lutte contre le Covid-19. Enfin plusieurs assureurs tel que Axa et SwissLife ont supprimé le délai d’attente de trois mois avant indemnisation pour les indépendants nouvellement couverts. Au global, l’effort de soutien annoncé par les Assureurs tous secteurs confondus s’élève à 3,2 mds d’Euros.

Mais c’est surtout autour de la perte d’exploitation sans dommage que la polémique fait rage. Plusieurs acteurs du monde de l’entreprise ou parlementaires ont réclamé que les assureurs prennent en charge les pertes d’exploitation des PME, commerces ou indépendants ayant dû fermer boutiques ou touchés par la baisse conséquente de leur activité.

Les assureurs se disent dans l’incapacité de répondre à cette demande pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nombre de TPE, PME ou indépendants sont peu ou pas couverts par des assurances multirisques avec perte d’exploitation. Lorsqu’ils le sont, la plupart des contrats d’assurance n’intègrent pas les pertes d’exploitation sans dommage. Enfin les pandémies sont généralement une clause d’exclusion. Un représentant d’Axa interviewé par l’Argus faisait valoir que « l’assurabilité d’un risque repose sur 2 piliers principaux : la mutualisation et l’aléa ». En ce qui concerne une pandémie, « par son caractère systémique et global, elle empêche toute mutualisation puisque tout le monde est touché en même temps. » Et d’ajouter : « Quand un gouvernement prend une décision de fermeture d’entreprises on ne peut pas parler d’aléa».

Les assureurs ont d’ailleurs estimé à 50 milliards d’euros les pertes d’exploitation liées au Covid-19, un montant qui correspond à la totalité des fonds propres des assureurs dommage français. L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) elle-même a rappelé que les engagements de solidarité pris par les acteurs de l’Assurance ne devaient pas conduire à mettre en risque leur santé financière et par là l’ensemble du secteur.

Vers un nouveau régime assurantiel

Les assureurs sous l’égide de la Fédération Française de l’Assurance, se sont néanmoins engagés à faire des propositions pour un futur régime en réponse à la prochaine catastrophe sanitaire majeure, sur la base d’un dispositif inspiré de celui des catastrophes naturelles, reposant à la fois sur la contribution des assureurs et de l’état. Ils travaillent conjointement avec le ministère de l’Economie et des Finances afin d’aboutir à une proposition concrète de régime d’assurance majeurs « avant le début de l’été » selon Florence Lustman, présidente de la FFA.

Entre prise de position concertée et initiatives individuelles

En attendant, ces réflexions globales et concertées, n’empêchent pas les actions individuelles pour soutenir leurs assurés et qui font l’objet de surenchères de communication. Ainsi certains assureurs se sont engagés en créant des fonds de soutien (Axa, CIC, Generali, MACSF, … ) d’autres ont organisé des dons massifs de masques aux soignants, d’autres encore ont mis gratuitement à disposition des plateformes d’entraide, d’assistance scolaire, de soutien psychologie, de coaching sportif.

Plusieurs initiatives ont récemment suscité des polémiques car elles ont fissuré la cohésion des assureurs et les ont à nouveau obligés à se justifier sur l’utilisation des cotisations de leurs assurés. La Maïf a décidé de redistribuer 100 M€ à ses sociétaires en mettant en avant la baisse du nombre de sinistres Auto. Plus récemment, BPCE IARD et la Maaf ont décidé de prendre en charge les pertes d’exploitation de leurs clients disposant d’une garantie en cas de fermeture administrative liée à une pandémie. Le Crédit Mutuel et le Crédit Agricole ont de leur côté annoncé verser une somme forfaitaire pour soutenir leurs assurés ayant souscrit une assurance multirisque professionnelle avec perte d’exploitation. Ces initiatives n’ont pas été forcément appréciées par tous les assureurs notamment ceux qui, en cette période d’incertitudes élevées, de chute de la collecte et de volatilité des marchés, préfèrent adopter une position prudente et limiter les impacts sur leurs fonds propres et sur leur solvabilité.

Les acteurs de l’assurance naviguent donc entre la nécessité d’adopter une position commune sur le traitement des sinistres de leurs assurés pour résister à la pression et la tentation de prendre des initiatives isolées afin de se différencier de leurs concurrents.
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